Espérance 27 le mag

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Fil de laine, fil de vie

Le week-end dernier, c’était le marché des créateurs à la Maladrerie, à Gravigny. Un événement organisé depuis neuf ans par l’association « Le nez en l’air » qui réunit des créateurs/trices de tout poil. 

Rencontre avec Pomme de laine qui exposait pour la première fois (retrouvez Lulu Chantilly, organisatrice du marché par ici).

 

Une vie comme les mailles d'un ouvrage

Jusqu’à douze heures par jour

Changement de vie 

Les yeux de Linda et Serquigny Dark

Les petites Normandes et les tricopathes

« Bon tricot, bon souvenir »

Pomme de Laine sur le net et à Evreux

exposition à Evreux, le 22 décembre

contact

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Je rencontre Carol Javaudin derrière son  stand qui ploie sous les écheveaux qu’elle teint à la main. Elle m’invite à la rejoindre pour me parler de sa toute jeune entreprise, « Pomme de laine ». J’imaginais que nous ne parlerions « que » de la qualité des laines, des techniques de tricot et des aiguilles. J’ai tout faux ! Très vite Carol me glisse « On ne vient pas au tricot par hasard ».

 

Une vie comme les mailles d'un ouvrage

Je découvre alors que c’est  bien plus qu’une activité manuelle et créative, qu’elle devient indissociable de la vie de ceux qui le pratiquent. Carol m’explique l’art de la laine, du tricot, évoque, avec pudeur, des événements heureux, tristes et drôles qui sont rattachés à sa passion. Anecdotes et grands événements s’enchevêtrent, comme les mailles d’un ouvrage, pour former une vie…

 

Je ne suis plus au marché des créateurs , je partage un thé avec Carol, près d’une cheminée (et tant pis si cela fait cliché !) ou dans le train qu’elle a pris de longues années pour Paris…  

Je vous emmène dans l’univers coloré, poétique et si vivant de Carol.

 

Jusqu’à douze heures par jour

Dans sa vie précédente, Carol était assistante de direction en région parisienne. Passionnée par le tricot, qu’elle découvre à 6 ans avec sa mère, Carol n’y consacre pourtant que peu de temps. « Je faisais un ouvrage par an » se souvient-t-elle. 

Et puis, il y a cinq ans, son père tombe gravement malade et Carol, épuisée par les trajets quotidiens en train -elle est originaire de Serquigny-,  traverse un burn-out. « Quand mon père est tombé malade, j’ai eu envie de faire du tricot et du crochet, jusque’à douze heures par jour ! Cela m’a sauvé de la dépression en quelques mois » confie-t-elle.

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« Avec le tricot, moi qui suis hyper active, je canalise mon esprit, je le focalise sur une seule chose. cela a un vrai côté méditatif. C’est aussi un moyen de renforcer son estime de soi et de se valoriser quand on a fini un ouvrage ».

 

Carol poursuit : « Vous savez, les trois quarts des personnes qui tricotent le font parce qu’elles en ont besoin. Il y a toujours une histoire derrière ! J’ai beaucoup d’amies qui ont surmonté des moments difficiles ainsi. »

 

Du tricot à la transformation de la matière première, il n'y a qu'un pas. « Depuis longtemps, je rêvais  de travailler la laine. Pour faire des économies, j’ai commencé à acheter de la laine brute moins chère et à la teindre moi-même. Mes amis m’ont demandé alors pourquoi ne pas la vendre. »

 

Changement de vie 

Un jour, Carol se rend compte qu’elle aspire à développer le créatif et le positif dans sa vie. C’est le début d’une réflexion qui la conduit à des changements de taille…

Carol quitte son travail et « Pomme de laine » voit le jour il y a trois mois à Beaumon-le-Roger. « C’est presque impossible de vivre du tricot. On passe 30 à 50 heures sur un ouvrage. Qui l’achèterait sur une base de 10 euros de l’heure ? J’ai donc choisi de vendre les écheveaux que je teins. »

 

Côté matière première, Carol s’aprovisionne en Angleterre. « J’ai bien fait des essais avec de la laine française, mais je ne m’y retrouve pas et je le regrette. Il reste très peu de filatures chez nous, et elles ferment les unes après les autres ! Il y a une véritable culture de la laine en Angleterre et en Nouvelle-Zélande. Une culture  que nous avons perdue ici. Mon rêve serait de récupérer ici de la laine d’une race locale, de l’envoyer à une filature. Et ensuite de la carder, de faire les mélanges moi-même. » 

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Les yeux de Linda et Serquigny Dark

Mais pour l’instant, Carol donne la priorité à son entreprise. « Vous savez, j’ai mis tout ce que je suis dans Pomme de Laine. Mon entreprise a un côté naturel et sincère qui me ressemble. Comme pour toutes les  teinturières, les couleurs que je crée sont le reflet de ma personnalité. Et 90 % des noms de teintes sont issus de souvenirs. Ainsi « les yeux de Linda » est un bleu qui ma rappelle les yeux de ma soeur. « Serquigny Dark », c’est le gris de l’église de mon village d’origine  et « Les hortensias d’Alexandrine » m’évoque le jardin de ma grand-mère. »

 

Carol est très attachée à sa région, au terroir et à la terre. Elle a choisi d’y faire référence, dans le nom de son entreprise bien sur avec les pommes si réputées de Normandie, mais aussi dans les noms qu’elle a donnés aux différents types de laine. 

 

La base « Beau Roger » est constituée de 75% mérinos 25% nylon, la base « Pommeret », de son côté est constituée de Polwarth. L’étiquette précise toujours la composition, la longueur,  le type d’aiguilles et les usages courants recommandés. 

 

« Longtemps, j'ai manqué de connaissances sur les types de laine et l’importance de leurs poids. C’est en m’y intéressant que j’ai compris certaines des difficultés que je rencontrais. » 

 

Coté prix, Carol reconnait : « l’écheveau est autour de 20 euros, certaines personnes trouvent cela cher. C’est vrai que c’est un budget mais quand on en a assez d’un pull ou d’une écharpe, on peut les détricoter et réutiliser la laine pour autre chose ! « . Carol rappelle ainsi que cette matière a vrai un côté écologique et recyclable. 

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Les petites Normandes et les tricopathes 

Toutes ses connaissances, Carol tient à les transmettre au travers de nombreux canaux. Il y a la chaîne Youtube « Les Petites normandes »,  qu’elle anime avec une amie, Sonia : « Nous y mettons beaucoup d’humour et les gens apprécient ».

 

« J’anime également régulièrement des ateliers à Evreux*, poursuit Carol. Et puis de façon informelle, nous sommes plusieurs amies - nous nous surnommons les tricopathes  ! - à  proposer à ceux qui le souhaitent de se retrouver tous les mercredis, à partir de 19 h 30  au centre culturel de la Bonneville-sur-Iton. C’est un moment de partage où l’on parle aussi de sa journée, de sa vie, on s’entraide. Certains viennent de loin. Et il arrive que les dernières personnes partent à 23 h ! ».

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« Bon tricot, bon souvenir »

Le partage, c’est aussi une façon de donner une autre image de cette activité. « A une époque, je rangeais mon tricot quand je recevais une visite ! Pour peu que l’on soit célibataire et que l’on aime les chats… l’image de la vieille fille arrive tout de suite ! s’amuse Carole. J’ai fini par trouver cela bête et j’ai décidé de sortir mes aiguilles dans le train par exemple. Et je n’ai eu que des retours positifs ! Un Monsieur était même étonné de ne pas entendre de cliquetis ! Je lui ai expliqué que le matériel avait évolué ses dernières années. Parfois, les gens me disent qu’ils n’osent pas faire comme moi.  Mais je crois qu’il faut juste assumer ce que l’on aime et plus généralement ce que l’on est. »

 

« Vous savez, le tricot, c’est aussi vrai un don de soi. On met tant de temps à faire un pull, une écharpe qu’ils ont une valeur sentimentale. A tel point que lorsque je prépare une commande, je glisse un petit mot « Bon tricot, bon souvenir ». Personnellement, j’offre un de mes ouvrages quand je sais qu’il sera vraiment apprécié » confie Carol.

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Une cliente s’arrête et hésite entre deux écheveaux verts. C’est la fin de notre jolie discussion. Je repars un peu perdue dans mes souvenirs d’enfance quand ma grand-mère tricotait. Si vous croisez Carole, surtout ne laissez pas passer l’occasion. Vous ferez une belle rencontre, même si vous n’y connaissez rien au tricot (et il se pourrait même que vous vous y mettiez !).

 

Laetitia Brémont 

 

 

 

*Retrouvez Pomme de Laine sur le net et à Evreux
le site internet proposant conseils, podcast… :  https://pommedelaine.com
la boutique en ligne :  http://pommedelaine.com/shop/

Carol anime des ateliers (3 heures) à Evreux  pour découvrir le tricot, ou se perfectionner sur une thématique. Il est également  possible de demander des conseils sur un ouvrage pour lequel on a des difficultés (coaching tricot). C’est la boutique Fil le Chat – 6 rue Saint Pierre à Evreux - qui l’accueille. Tarif ; ateliers à thème  10 € de l’heure (5 participants maximum),  l’atelier coaching tricot est à 12 € de l’heure. Selon les inscriptions,  les mercredis à partir 14 h, les jeudis à partir de 18 h, les vendredis à partir de 18 h, les samedis à partir de 9 h 30 et 14 h, inscription obligatoire. 

 

Rendez-vous le 22 décembre à Evreux
Retrouvez Pomme de Laine le 22 décembre pour une vente-exposition artisanale au comptoir des loisirs (anciennement office de tourisme), 11, rue de la Harpe, Evreux

 

 

Contact :
- par téléphone au 06 20 34 20 81
- par mail pommedelaine@gmail.com

 



09/12/2018
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