Espérance 27 le mag

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Du Texas à la Normandie, itinéraire d’une actrice

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vendredi 11 janvier, Sainte-Colombe-la-Commanderie.

 

Derrière son micro, le casque sur les oreilles et les yeux rivés sur son écran d’ordinateur, Stephanie écoute l’enregistrement qu’elle vient de faire pour l’audition d’une voix off. Elle reprend une partie du texte en anglais qu’on lui a demandé d'interpréter, arrange cette version avec une précédente.

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« Le client trouvait que j’avais un accent trop américain dans mon premier enregistrement. Il m’a demandé de faire un second essai » explique la jeune femme.

Avec dextérité, Stephanie réduit un « bruit de bouche », diminue une plage de silence et effectue quelques autres corrections. Autant de légères imperfections qui passeraient inaperçues pour la plupart d’entre nous. 

Après une ultime vérification, Stephanie envoie par mail le fichier audio. Le processus n’aura pas pris plus de 30 minutes. 

 

Voice over

« Mange prie, aime »

Pas un mot de Français

Des Bretzels

Studio d’enregistrement

"Voice over" 

Voilà six mois que la jeune femme originaire du Texas, est devenue « voice over » et a installé un studio d’enregistrement chez elle. En France, on parle plus volontiers de « voix off », regroupant les différents types enregistrements effectués par des acteurs restant invisibles à l’écran. Une pratique usuelle dans les cours en ligne, les présentations (vidéo, powerpoint…), les annonces téléphoniques, le doublage de films et séries (un milieu très fermé) mais aussi de vidéos destinées à Internet…

« J’ai toujours voulu être actrice » explique Stephanie. Un rêve que la jeune femme met entre parenthèses lorsqu’elle est arrive en France, en 2010. 

 

« Mange, prie, aime »

Stephanie est née au Texas mais elle a grandi dans l’Ohio. Elle fait des études de cinéma et de théâtre, notamment à San Diego, une ville qu’elle découvre grâce à sa soeur jumelle qui y réside un temps. « Je suis allée voir ma soeur et je lui ai dit, il n’y a pas de neige ici, je déménage ! » raconte, en riant, la jeune femme.

 

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« Un jour, c’était en 2008,  j’ai lu le livre « Mange, prie, aime » d’Elizabeth Gilbert. L’héroïne fait un voyage en Italie. J’ai eu envie de faire la même chose et j’ai tapé «  travail, Italie » sur Internet. Le premier résultat concernait un emploi d’acteur. Pour moi c’était un signe ! » La jeune femme n’a que quelques jours pour préparer et envoyer sa candidature… qui sera retenue. 

 

Pendant neuf mois, Stephanie travaille dans une troupe de théâtre qui donne des spectacles en anglais devant des étudiants. 300 représentations plus tard, la jeune femme retourne aux Etats-Unis. Mais elle a fait une rencontre décisive en Italie, celle de Luc, un acteur français. Stephanie et Luc se retrouvent alors alternativement en France et aux Etats-Unis. 

 

Pas un mot de Français

 « J’adorais la France et nous avons décidé de nous installer ensemble en région parisienne, se souvient Stephanie. C’était en 2010, je ne parlais pas un mot de Français. La première année a été très dure, aussi à cause des différences culturelles. A cette époque,  je ne vois pas comment je peux devenir actrice, alors j’oublie ce projet. »

 

Malgré la barrière de la langue, Stephanie trouve rapidement un emploi au sein d’International SOS à Levallois-Perret. L’entreprise propose des services de santé et de sécurité à l'international. L’atout de Stephanie, sa langue maternelle bien-sur. « Mais mon responsable m’a rapidement dit que mon niveau de Français était nul et que si je ne m’améliorais pas, j’étais viré dans les six mois  ! J’ai trouvé cela dur à entendre  mais j’ai progressé » résume Stephanie. La jeune femme restera dans l’entreprise six ans. Malgré les difficultés rencontrées, son amour pour la France reste intact. A tel point qu’elle obtient la nationalité française en 2018, ce dont elle est très fière. 

 

« A la naissance de ma fille, nous avons décidé de déménager en Normandie, près des parents de Luc. Avec nos deux emplois, il était très compliqué de faire garder Sophia. »

Stephanie démissionne d’International SOS début 2016 et trouve dans la foulée, un poste de chargée de projets événementiels au sein de Tam-Tam organisation, basée au Neubourg. L’entreprise est spécialisée dans l’organisation d’événementiels, principalement dans le secteur agricole. 

 

Des Bretzels

« J’ai beaucoup appris, notamment sur le monde agricole, explique Stephanie. j’ai été, notamment, interprète durant le Space (Salon international de l'élevage). C’est là que j’ai vu un robot de traite pour la première fois et j’ai été très enthousiaste  face à tant de technologie .»

 

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« J’ai quitté Tam-Tam en décembre 2017, grâce à cette expérience,  je me suis sentie prête à me lancer seule.  Depuis l’âge de 16 ans, j’avais envie de devenir entrepreneuse. A cette époque, j’étais salariée et je faisais des bretzels. je calculais la rentabilité  de la production, ce que gagnait la patronne et je le comparais avec mon salaire ! ».

 

L’idée d’être comédienne refait surface. « Un jour, Luc me dit que l’on cherchait des voix off en anglais. » Stephanie fait alors des recherche qui la convainquent qu’une opportunité existe. « J’ai trouvé une entreprise dans ce domaine qui a accepté de m’accueillir pour que je découvre comment cela se passait dans la pratique. Et cela m’a plu. ». Stephanie réalise également des formations et des stages pour acquérir ou perfectionner les compétences nécessaires à son projet.

 

Le travail de « voix off » demande des techniques d’interprétation variées et une excellente maîtrise de sa voix. L’intonation, le débit sont différents selon qu’il s’agit de l’enregistrement d’une annonce téléphonique, d’une vidéo promotionnelle d’un produit ou d’un livre audio…  Même l'accent peut être travaillé. Quant aux enregistrements à répétition, ils mettent le corps à rude épreuve. Echauffement de la voix, technique de respiration et de gestion du stress  sont  indispensables.  

 

« Pendant mes stages, tout le monde m’a encouragée et m’a dit qu’il y avait des demandes en France pour des voix américaines comme la mienne » se souvient la jeune chef d’entreprise. 

« C’est à ce moment que j’ai pris conscience que ma différence était un avantage. En arrivant en France, il y a neuf ans, j’avais presque honte de mon accent… »

 

Studio d’enregistrement

Mais il s’agit également pour Stephanie de maitriser un environnement empreint de technologique : savoir, par exemple, comment se placer devant un micro dans un studio.

« J’ai d'ailleurs voulu installer mon propre studio d’enregistrement chez moi explique Stephanie. J’ai donc aussi appris l’utilisation d’un logiciel d’enregistrement. C’est un côté de mon travail que j’aime beaucoup. »

C'est le moyen de proposer à ses clients un "produit" fini, un atout supplémentaire indéniable.

« Dans certains cas, je suis retenue et j’effectue l’enregistrement dans un studio à Paris, d’autres fois je le fais moi-même chez moi. »

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« Pour trouver des clients, j’appelle les entreprises pour leur demander si elles ont des besoins dans le domaine. Plus personne n’utilise le téléphone aujourd’hui mais cela fonctionne bien pourtant ! constate Stephanie. Je suis également abonnée à un site qui référence de nombreux castings. Chaque acteur inscrit peut envoyer une démo et proposer son tarif. Mais la concurrence est très forte et j’ai peu de retours pour le moment. »

 

Stephanie a déjà réalisé de nombreux enregistrements, principalement en anglais, pour des organismes de formation de ligne, des vidéos de présentation…. Elle a même enregistré deux vidéos pour un usage interne pour Lancôme et un doublage pour un documentaire « Le mystère de la sainte Lance «  (Pernel Média).

 

« J’ai même eu l’occasion de traduire en anglais une vidéo d’une conférence sur les neurosciences ! Je suis devenue une spécialiste sur le sujet , s’amuse Stephanie.  j'ai également traduit et doublé une vidéo pour MyGO. »

 

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«J’aimerais aussi enregistrer des livres audio. Cela me plait de partager une histoire avec quelqu’un qui n’a pas le temps de lire. Je suis entrain de faire pour la première fois avec « Cobalt », écrit par CG Blade. C’est beaucoup de travail de préparation : lire le texte, référencer les dialogues, décider de la voix de chaque personnage, enregistrer une référence pour chacun… »

 

Autant de projets qui demandent de l’énergie et de l’optimisme, deux qualités dont Stephanie ne manque pas. Il suffit de voir le chemin parcouru en quelques mois pour s’en convaincre.

 

 Laetitia Brémont

 

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A table !

Stephanie s'est adaptée aux différences culturelles, à son arrivée en France. Mais elles ont aussi été source d’amusement. « Mes grands-parents sont venus nous rendre visite. A chaque fois que nous étions invités, les repas duraient quatre heures ! Nous n’avons pas l’habitude de rester si longtemps à table. A la fin de leur séjour, quand nous allions voir quelqu’un, mes grands-parents me disaient « dis, on est pas obligé de rester manger » ! ». 

 

Sur le Net
Le site de Stephanie : www.stephaniematard.com 
et pour les plus curieux, celui de son mari, Luc Matard, comédien : www.lucmatard.com

   

 


21/01/2019
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Joanne Leighton revient à Evreux

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Après avoir fait battre le coeur d'Evreux durant un an avec "Les Veilleurs", Joanne Leighton revient dans la capitale de l'Eure.

"Les Veilleurs", c'est une performance artistique un peu folle qui s'est installée à Evreux du 22 septembre 2017 au 22 septembre 2018. Chaque jour, deux personnes veillaient la ville, au moment du lever et du coucher du soleil. Une idée qui peut paraître saugrenue et sans intérêt mais en réalité d'une richesse artistique et humaine incroyable. J’en ai déjà parlé par ici. Les Veilleurs seront à Dordrecht, en Hollande en février...

 

Le 22  janvier, Joanne Leighton, chorégraphe et danseuse, et sa compagnie WLDN  sont de retour à Evreux avec leur dernier spectacle "Songlines" au Cadran.

"Quel monde créons-nous, à la mesure de nos pas ?

Pièce pour huit danseurs, créée sur la composition musicale, fascinante, In C de Terry Riley, Songlines saisit ce mouvement fondateur qu’est la marche. Chemin faisant, l'homme lit le monde et multiplie les perceptions. La marche compose, la marche écrit, la marche invente un lien indissoluble avec l’environnement. Chez les aborigènes australiens, les songlines sont les sentiers qui sillonnent la terre. Ils furent inscrits dans le paysage par d’anciens êtres totémiques légendaires, créant les chemins conservés jusqu’à nos jours par le chant et la danse."
 
Ce petit speech de présentation vous a fait peur ? La danse contemporaine vous rebute au premier abord ? Mouais, assez de mauvaises excuses... Une occasion comme celle-là ne se représentera pas de si tôt à Evreux, alors tentez une nouvelle expérience. Laissez-vous simplement porter par la musique et la danse. C'est bon pour le moral et la créativité (et cela ne dure qu'une heure et dix minutes).
Tarif E : 16€ / 14€ / 10 €, adhérent 12€ / 9€ / 5€ 

Tarif préférentiel pour les Veilleurs d'Évreux : 12€ / 9€ / 5€ - réservation au 01 32 29 63 32.

Une vidéo par ici.

 


09/01/2019
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« Chez Mademoiselle » vous invite à faire une pause à Evreux

Quand vous poussez la porte de « Chez mademoiselle », 79 rue Josephine à Evreux, vous avez tout de suite l’impression d’être chez vous. 
 

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L’univers de Corinne Zueras invite à suspendre quelques instants le cours d’une journée remplie pour flâner dans une boutique aux allures de jardin. Au tout premier plan, on y trouve ses créations  : accessoires, sacs, pochettes… mêlant crochet, tricot, couture.
 
Des objets chinés trouvent aussi leur place, c’est le cas notamment des napperons décorant la vitrine depuis l’ouverture, le 15 décembre. Et un puis, un  peu partout, de jolies plantes s’épanouissent.
 
 
 
 
 
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« Je propose aussi des objets d’autres créateurs sur le principe du dépôt, afin de proposer des prix attractifs et un renouvellement permanent,  explique Corinne. Je souhaite avant tout mettre en lumière l’artisanat local ».
 
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L’objectif de Corinne est de développer les créations autour des plantes et de proposer  à sa clientèle d’acheter dans sa boutique l’objet et la plante, c’est  le principe du concept store végétal. Ses cache-pots crochetés en corde, proposés au marché des créateurs à Gravigny, en sont un bel exemple.
 
« Comme la boutique est petite, ce que je propose évoluera régulièrement au gré des opportunités, de mes idées de création » souligne Corinne.
 

Des « bricoles »

« J’ai toujours fait des « bricoles », explique-t-elle avec simplicité.  J’étais à la recherche d’un emploi dans le secteur commercial et à 50 ans, c’était compliqué. Un jour, je me suis dit : pourquoi pas me lancer ? ».  Mais attention, la créatrice dispose d’une solide expérience.
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« Mon magasin synthétise toute ma carrière professionnelle, s’amuse-t-elle. J’ai notamment tenu un dépôt-vente à Vernon. Et j’ai également travaillé chez un fleuriste. Et à cette époque, je trouvais qu’il était intéressant de proposer aussi des objets en complément des végétaux ». 
Pour ce qui est des activités manuelles, « à trente ans, je me suis rendu compte que je ne savais rien faire de mes mains. » Corinne se plonge alors dans la couture, le tricot. « J’ai aussi décidé de suivre une formation de tapissière » . 
 

Un atelier couture en libre service

Des projets, Corinne en a plein. « Début janvier, l’arrière de la boutique sera aménagé en atelier de couture, accessible en libre-service. Je vais aussi proposer des ateliers animés par des créateurs, et des ateliers-goûters pour adultes. » De quoi passer de bons moments « Chez Mademoiselle » !
 
Le parcours jusqu’à l’ouverture du magasin a été long. « Mon projet a mis un an à se concrétiser, avec un accompagnement de la Chambre de commerce et d’industrie. Pour trouver un local en centre-ville avec un loyer raisonnable, cela a été compliqué ! J’ai finalement trouvé avec des travaux dont j’ai fait une partie moi-même. » 
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Côté clientèle, Corinne analyse : « Je crois qu’il y des personnes qui ne se rendront pas sur les grandes zones commerciales et il faut leur offrir quelque chose de différent. Pour les attirer,  le stationnement doit être adapté et les commerçants doivent travailler ensemble a rendre le centre ville attractif. »
 
En ce qui concerne l’organisation, Corinne a tout prévu. «  Je me réserve le lundi et le mardi pour chiner et restaurer les objets. Le magasin est ouvert du mercredi au samedi, y compris pendant la pause déjeuner. Durant ces quatre jours, je peux travailler dans la boutique à mes créations ».
 
Alors, s’il vous manque encore des cadeaux pour Noël, filez vite « Chez Mademoiselle », vous devriez trouver votre bonheur avec une touche d’originalité !
 
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Chez Mademoiselle, 79 rue Joséphine, Evreux06 09 17 48 95, 
ouvert du mercredi au samedi, de 11 h à 19 h sans interruption (horaires modifiés les 23, 24 et 25 décembre, rendez-vous sur la page Facebook pour en savoir plus).
www.facebook.com/chezmademoiselle.evreux/

21/12/2018
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Championnat deFrance des régions Tennis de table en sport adapté à Evreux

Rendez-vous demain, samedi 22 décembre, à partir de 10 h au gymnase du Canada (rue du Canada) à Evreux pour une compétition nationale de tennis de table en sport adapté. Entre les deux dernières courses de Noël, découvrez le tennis de table (on oublie la partie jouée sur une table bancale installée au milieu du camping pendant les vacances d'été !) et encouragez des joueurs venus de toute la France. 

Parmi les participants, trois joueurs représentant le club ébroïcien EEC qui accueille cet événement. 

Pour en savoir plus sur le sport adapté, rendez-vous sur le site de la fédération française de sport adaptée, dédiée aux personnes porteuses de handicap : www.ffsa.asso.fr.

 

 

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21/12/2018
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Fil de laine, fil de vie

Le week-end dernier, c’était le marché des créateurs à la Maladrerie, à Gravigny. Un événement organisé depuis neuf ans par l’association « Le nez en l’air » qui réunit des créateurs/trices de tout poil. 

Rencontre avec Pomme de laine qui exposait pour la première fois (retrouvez Lulu Chantilly, organisatrice du marché par ici).

 

Une vie comme les mailles d'un ouvrage

Jusqu’à douze heures par jour

Changement de vie 

Les yeux de Linda et Serquigny Dark

Les petites Normandes et les tricopathes

« Bon tricot, bon souvenir »

Pomme de Laine sur le net et à Evreux

exposition à Evreux, le 22 décembre

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Je rencontre Carol Javaudin derrière son  stand qui ploie sous les écheveaux qu’elle teint à la main. Elle m’invite à la rejoindre pour me parler de sa toute jeune entreprise, « Pomme de laine ». J’imaginais que nous ne parlerions « que » de la qualité des laines, des techniques de tricot et des aiguilles. J’ai tout faux ! Très vite Carol me glisse « On ne vient pas au tricot par hasard ».

 

Une vie comme les mailles d'un ouvrage

Je découvre alors que c’est  bien plus qu’une activité manuelle et créative, qu’elle devient indissociable de la vie de ceux qui le pratiquent. Carol m’explique l’art de la laine, du tricot, évoque, avec pudeur, des événements heureux, tristes et drôles qui sont rattachés à sa passion. Anecdotes et grands événements s’enchevêtrent, comme les mailles d’un ouvrage, pour former une vie…

 

Je ne suis plus au marché des créateurs , je partage un thé avec Carol, près d’une cheminée (et tant pis si cela fait cliché !) ou dans le train qu’elle a pris de longues années pour Paris…  

Je vous emmène dans l’univers coloré, poétique et si vivant de Carol.

 

Jusqu’à douze heures par jour

Dans sa vie précédente, Carol était assistante de direction en région parisienne. Passionnée par le tricot, qu’elle découvre à 6 ans avec sa mère, Carol n’y consacre pourtant que peu de temps. « Je faisais un ouvrage par an » se souvient-t-elle. 

Et puis, il y a cinq ans, son père tombe gravement malade et Carol, épuisée par les trajets quotidiens en train -elle est originaire de Serquigny-,  traverse un burn-out. « Quand mon père est tombé malade, j’ai eu envie de faire du tricot et du crochet, jusque’à douze heures par jour ! Cela m’a sauvé de la dépression en quelques mois » confie-t-elle.

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« Avec le tricot, moi qui suis hyper active, je canalise mon esprit, je le focalise sur une seule chose. cela a un vrai côté méditatif. C’est aussi un moyen de renforcer son estime de soi et de se valoriser quand on a fini un ouvrage ».

 

Carol poursuit : « Vous savez, les trois quarts des personnes qui tricotent le font parce qu’elles en ont besoin. Il y a toujours une histoire derrière ! J’ai beaucoup d’amies qui ont surmonté des moments difficiles ainsi. »

 

Du tricot à la transformation de la matière première, il n'y a qu'un pas. « Depuis longtemps, je rêvais  de travailler la laine. Pour faire des économies, j’ai commencé à acheter de la laine brute moins chère et à la teindre moi-même. Mes amis m’ont demandé alors pourquoi ne pas la vendre. »

 

Changement de vie 

Un jour, Carol se rend compte qu’elle aspire à développer le créatif et le positif dans sa vie. C’est le début d’une réflexion qui la conduit à des changements de taille…

Carol quitte son travail et « Pomme de laine » voit le jour il y a trois mois à Beaumon-le-Roger. « C’est presque impossible de vivre du tricot. On passe 30 à 50 heures sur un ouvrage. Qui l’achèterait sur une base de 10 euros de l’heure ? J’ai donc choisi de vendre les écheveaux que je teins. »

 

Côté matière première, Carol s’aprovisionne en Angleterre. « J’ai bien fait des essais avec de la laine française, mais je ne m’y retrouve pas et je le regrette. Il reste très peu de filatures chez nous, et elles ferment les unes après les autres ! Il y a une véritable culture de la laine en Angleterre et en Nouvelle-Zélande. Une culture  que nous avons perdue ici. Mon rêve serait de récupérer ici de la laine d’une race locale, de l’envoyer à une filature. Et ensuite de la carder, de faire les mélanges moi-même. » 

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Les yeux de Linda et Serquigny Dark

Mais pour l’instant, Carol donne la priorité à son entreprise. « Vous savez, j’ai mis tout ce que je suis dans Pomme de Laine. Mon entreprise a un côté naturel et sincère qui me ressemble. Comme pour toutes les  teinturières, les couleurs que je crée sont le reflet de ma personnalité. Et 90 % des noms de teintes sont issus de souvenirs. Ainsi « les yeux de Linda » est un bleu qui ma rappelle les yeux de ma soeur. « Serquigny Dark », c’est le gris de l’église de mon village d’origine  et « Les hortensias d’Alexandrine » m’évoque le jardin de ma grand-mère. »

 

Carol est très attachée à sa région, au terroir et à la terre. Elle a choisi d’y faire référence, dans le nom de son entreprise bien sur avec les pommes si réputées de Normandie, mais aussi dans les noms qu’elle a donnés aux différents types de laine. 

 

La base « Beau Roger » est constituée de 75% mérinos 25% nylon, la base « Pommeret », de son côté est constituée de Polwarth. L’étiquette précise toujours la composition, la longueur,  le type d’aiguilles et les usages courants recommandés. 

 

« Longtemps, j'ai manqué de connaissances sur les types de laine et l’importance de leurs poids. C’est en m’y intéressant que j’ai compris certaines des difficultés que je rencontrais. » 

 

Coté prix, Carol reconnait : « l’écheveau est autour de 20 euros, certaines personnes trouvent cela cher. C’est vrai que c’est un budget mais quand on en a assez d’un pull ou d’une écharpe, on peut les détricoter et réutiliser la laine pour autre chose ! « . Carol rappelle ainsi que cette matière a vrai un côté écologique et recyclable. 

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Les petites Normandes et les tricopathes 

Toutes ses connaissances, Carol tient à les transmettre au travers de nombreux canaux. Il y a la chaîne Youtube « Les Petites normandes »,  qu’elle anime avec une amie, Sonia : « Nous y mettons beaucoup d’humour et les gens apprécient ».

 

« J’anime également régulièrement des ateliers à Evreux*, poursuit Carol. Et puis de façon informelle, nous sommes plusieurs amies - nous nous surnommons les tricopathes  ! - à  proposer à ceux qui le souhaitent de se retrouver tous les mercredis, à partir de 19 h 30  au centre culturel de la Bonneville-sur-Iton. C’est un moment de partage où l’on parle aussi de sa journée, de sa vie, on s’entraide. Certains viennent de loin. Et il arrive que les dernières personnes partent à 23 h ! ».

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« Bon tricot, bon souvenir »

Le partage, c’est aussi une façon de donner une autre image de cette activité. « A une époque, je rangeais mon tricot quand je recevais une visite ! Pour peu que l’on soit célibataire et que l’on aime les chats… l’image de la vieille fille arrive tout de suite ! s’amuse Carole. J’ai fini par trouver cela bête et j’ai décidé de sortir mes aiguilles dans le train par exemple. Et je n’ai eu que des retours positifs ! Un Monsieur était même étonné de ne pas entendre de cliquetis ! Je lui ai expliqué que le matériel avait évolué ses dernières années. Parfois, les gens me disent qu’ils n’osent pas faire comme moi.  Mais je crois qu’il faut juste assumer ce que l’on aime et plus généralement ce que l’on est. »

 

« Vous savez, le tricot, c’est aussi vrai un don de soi. On met tant de temps à faire un pull, une écharpe qu’ils ont une valeur sentimentale. A tel point que lorsque je prépare une commande, je glisse un petit mot « Bon tricot, bon souvenir ». Personnellement, j’offre un de mes ouvrages quand je sais qu’il sera vraiment apprécié » confie Carol.

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Une cliente s’arrête et hésite entre deux écheveaux verts. C’est la fin de notre jolie discussion. Je repars un peu perdue dans mes souvenirs d’enfance quand ma grand-mère tricotait. Si vous croisez Carole, surtout ne laissez pas passer l’occasion. Vous ferez une belle rencontre, même si vous n’y connaissez rien au tricot (et il se pourrait même que vous vous y mettiez !).

 

Laetitia Brémont 

 

 

 

*Retrouvez Pomme de Laine sur le net et à Evreux
le site internet proposant conseils, podcast… :  https://pommedelaine.com
la boutique en ligne :  http://pommedelaine.com/shop/

Carol anime des ateliers (3 heures) à Evreux  pour découvrir le tricot, ou se perfectionner sur une thématique. Il est également  possible de demander des conseils sur un ouvrage pour lequel on a des difficultés (coaching tricot). C’est la boutique Fil le Chat – 6 rue Saint Pierre à Evreux - qui l’accueille. Tarif ; ateliers à thème  10 € de l’heure (5 participants maximum),  l’atelier coaching tricot est de 12 € de l’heure. Selon les inscriptions,  les mercredis à partir 14 h, les jeudis à partir de 18 h, les vendredis à partir de 18 h, les samedis à partir de 9 h 30 et 14 , inscription obligatoire. 

 

Rendez-vous le 22 décembre à Evreux
Retrouvez Pomme de Laine le 22 décembre pour une vente-exposition artisanale au comptoir des loisirs (anciennement office de tourisme), 11, rue de la Harpe, Evreux

 

 

Contact :
- par téléphone au 06 20 34 20 81
- par mail pommedelaine@gmail.com

 


09/12/2018
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