Espérance 27 le mag

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Une femme effacée (le mois du film documentaire dans l'Eure)

Cela se passait à la médiathèque de Saint-Sébatien-de-Morsent, samedi dernier, dans le cadre du mois du film documentaire. C’était la projection du doc « Une femme effacée » en présence de la réalisatrice Sylvia Guillet. Une pépite de 48 minutes emplie de poésie, de rêve et d’interrogations sur la condition féminine, les liens familiaux, l’histoire…

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« Une femme effacée » conte une histoire vraie dont les deux personnages principaux ne se rencontreront jamais. D’abord, il y a une femme anonyme, dont le visage a été effacé sur une vieille photo achetée par Sylvia Guillet dans une brocante. Sylvia est fascinée par les photos anciennes et en possède une collection. Pendant deux ans, la photo de deux adolescents perchés sur leur bicyclette et encadrant un jeune garçon trône dans l’appartement de la réalisatrice sans qu’elle ne remarque rien. Et puis le cadre tombe, le verre se brise. En sortant la photo et en l’observant mieux, Sylvia remarque un robe a moitié effacée, une main, mais pas de visage, entre deux des garçons. La photo a été retouchée, coloriée pour faire disparaître cette femme. Ce mystère intrigue Sylvia qui décide d’enquêter pour l’identifier, savoir qui a voulu l’effacer et pourquoi. 

« A l’époque où cette histoire arrive, je suis enceinte. Si cela avait été un homme, aurais-je été si intriguée ? Je ne sais pas. Je crois que je me suis fortement identifiée à cette femme d’une certaine façon. »

Pour toute indice, Sylvia ne dispose que d’un nom de famille au dos de la photo et le nom d’une rue.  il faudra plus de deux ans pour percer le mystère.

 

 

(www.dailymotion.com/video/x3ycqzy)

 

Un détective privé

Des rencontres avec une costumière, des spécialistes des photos anciennes donneront quelques indications sur l’époque à laquelle la photo a été prise et développée, probablement à la fin de la seconde guerre mondiale. La photo a été agrandie et c’est à cette occasion qu’on  demandé au photographe de faire disparaître la femme.

Les recherches de Sylvia n’aboutissent pas. Mais elle est tellement obsédée par cette énigme qu’elle décide de faire appel à un détective privé.

Sylvia échafaude toutes sortes d’hypothèses sur la vie de cette femme effacée. Etait-ce une soeur tombée amoureuse d’un soldat allemand pendant l’occupation ? Ou une orpheline, élevée par un oncle, et contrainte de devenir modèle nue pour survivre ?  Sylvia joue avec son imagination, utilise de façon poétique des photos d’époque pour évoquer le poids des normes qui pesaient sur les femmes durant cette période. 

 

Mères cachées

Durant ses recherches, Sylvia découvre d'étranges portraits anciens. Ceux d’enfants sur lesquels les mères sont présentes mais camouflées, de façon parfois très grossière. Le temps de pause, long à l’époque, rend la présence des mères indispensable pour que l’enfant reste immobile. Mais pas question de voir figurer le visage maternel sur la photo ! Qu’à cela ne tienne, il suffit de jeter une couverture sur la femme indésirable !

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(www.laboiteverte.fr/des-meres-cachees/).

 

Finalement, le détective privé retrouvera la trace de la famille qui figure sur la photo. Sylvia rencontre le plus jeune garçon figurant sur la photo qui lui révèle la clé du mystère.  Âgé de 80 ans, l'homme, dans un échange tendre et émouvant, évoque sa famille, un temps révolu, des êtres aimés disparus.  Sur la photo, derrière ses deux frères et lui, c'est sa maman, tous sont décédés. Le probable coupable de l’effacement maternel est un des frères ne supportant pas la liberté de moeurs de sa mère. Mais la photo, probablement commandée sur un coup de colère, restera cachée, et finira sans que l’on sache exactement comment, chez un brocanteur. Après la projection, Sylvia Guillet confie "je  craignais d'être déçue à l'issue de cette enquête ! Tout le monde me disait que ce n'était probablement qu'une histoire d'argent. J'ai découvert une femme libre, aimée des siens. Rencontrer son fils,- qui m'a d'ailleurs confié des secrets de famille !-, et son petit-fils a été très émouvant."

Une émotion palpable dans le joli documentaire de Sykvia Guillet...

 

 

En DVD* 
Pour voir « Une femme effacée » de Sylvia Guillet, 48 minutes, DVD, rendez-vous sur www.parisbrestproductions.com/produit/une-femme-effacee/ (12,90 euros + 2 euros de frais de port)

 

 

Des livres et des photos*
Dans la même veine,  des lectures conseillées par les bibliothécaires du Boomerang  de Saint-Sébastien-de-Morsent : 

Capture d’écran 2018-11-12 à 17.01.46.png"Madeleine project" (édition intégrale) de Clara Beaudouc, Le Livre de Poche, 640 pages, 16,90 euros
«  Elle s’appelait Madeleine, elle aurait eu 100 ans en 2015. Je m’appelle Clara, j’ai 31 ans. Nous ne nous sommes jamais connues pourtant nous partageons le même appartement, ou du moins l’avons-nous partagé à différentes époques. Madeleine y avait vécu vingt ans. Elle est morte un an avant que je ne m’y installe, l’appartement avait été entre-temps refait à neuf. Interstice préservé de l’oubli, la cave avait été abandonnée en l’état. J’y ai découvert, après en avoir scié le verrou, rangée, empaquetée dans des cartons, la vie de Madeleine, objets, photographies, lettres. Je m’y suis plongée.  »
Clara décide alors de mener l’enquête et de la partager sur Twitter. Qui était Madeleine  ? Comment a-t-elle vécu  ? Qui a-t-elle aimé  ? Roman du réel, reportage photo, ce livre 2.0 réunit les quatre saisons du Madeleine project.

Capture d’écran 2018-11-12 à 17.07.00.png« Les gens dans l’enveloppe » de Isabelle Monnin et Alex Beaupain, le Livre de poche, 432 pages, 8,90 euros, (une édition collector avec CD existe, 10,90 euros)
En juin 2012, j’achète à un brocanteur sur Internet un lot de 250 photographies d’une famille dont je ne sais rien. Les photos m’arrivent dans une grosse enveloppe blanche quelques jours plus tard. Dans l’enveloppe il y a des gens, à la banalité familière, bouleversante. Je décide de les inventer puis de partir à leur recherche. Un soir, je montre l’enveloppe à Alex. Il dit : «  On pourrait aussi en faire des chansons, ce serait bien.  » Les gens dans l’enveloppe, un roman, une enquête, des chansons.





* Demandez à votre médiathèque d'acheter ce DVD et ces livres, elle acceptera peut-être ! Sinon, commandez les livres dans votre librairie indépendante  !

 

D’autres rendez-vous dans l’Eure durant le mois du documentaire (entrée gratuite, réservation souvent indispensable) :

- "Maternité secrète", en présence de la réalisatrice, de Sophie Bredier, jeudi 13 novembre, 20 h 15, Théâtre de l’espace Philippe-Auguste, Vernon

Trailer Secret nest / Bande-annonce Maternité secrète - a film by Sophie Bredier from Alter Ego on Vimeo.
(Bande annonce ici)
A travers l’histoire du château de Bénouville où des générations de filles-mères accouchèrent en secret, le film dévoile un chapitre tabou des violences faites aux femmes et aux « bâtards ». Au confins des genres, une fantaisie documentaire se dessine sous nos yeux grâce aux protagonistes qui reviennent hanter les lieux.

- « La bouteille à la mer », de Pierre-Yves Moulin, le 17 novembre, 18 h, médiathèque de Verneuil-d’Avre-et-d’Iton, en présence d’Emilie Couvreux, chef de service association Adissa et Corinne Delazier, psychologie clinicienne association Adissa  


(bande annonce ici)
Fred, 32 ans, a déjà une vie riche et bien remplie. Peu à peu, pourtant, cette vie s’est vidée de tout projet. Fred boit dix litres de bière par jour, qu’il paye en interprétant ses chansons dans la rue. Depuis un an, encouragé par sa nouvelle compagne, il a décidé de se soigner et de faire le deuil de l’alcool. 
Fred va suivre une cure de désintoxication, avec d’autres malades. Leurs univers, leurs milieux sociaux comme leurs centres d’intérêts sont différents. Pourtant ils partagent en commun une maladie honteuse.
Au cours d’une cure il est peu question d’alcool. L’alcool, c’était avant de passer la porte de l’hôpital. C’est bien autre chose qui se joue. Chacun doit refaire le film de sa vie et tenter d’identifier ce qui n’a pas fonctionné dans le scénario…

- « Un vrai faussaire » en présence (sous réserve) du réalisateur  Jean-Luc Léon, vendredi 23 novembre, 20 h, médiathèque de Beuzeville
 
(bande-annonce ici)
Peintre de talent et voyou, Guy Ribes, 65 ans, est le plus prolifique des faussaires français recensés à ce jour ayant inondé le marché de l’art pendant 30 ans. En 2005, la police a saisi plus d’une centaine de ses « faux » et en 2010 le Tribunal de Créteil l’a condamné à trois ans de prison, dont un an ferme. Guy Ribes n’a jamais rien copié. Ses Picasso, ses Matisse, ses Chagall, et autres Léger ont l’apparence trompeuse du « vrai » et égalent leurs inspirateurs. Mais combien de faux de sa main, authentifiés par des experts, vivent encore aux murs des collectionneurs, des galeries ou des musées ? Et dans les pages de catalogues raisonnés ? Guy Ribes nous livre les secrets de fabrication de ses «balourds » contant, avec une gouaille de marlou, une vie de flambe, de plaisir et d’arnaques. La dernière, celle qui l’a fait tomber, sort tout droit d’une série noire. On y croise une veuve bidon, de faux héritiers, un « pigeon » Suisse collectionneur et des marchands sans scrupules. Le policier qui l’a arrêté, le procureur, l’expert judiciaire et un collectionneur floué révèlent les autres facettes de ce personnage incroyable, qu’on pourrait croire sortir tout droit d'une fiction... Tout au long du film, le pinceau de Guy Ribes crée sous nos yeux une toile qui semble être de la main des maitres qui l’ont inspiré.


12/11/2018
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